Reprise d'entreprise

Mayday a rencontré Pascal Bonnet, Associé KPMG France, Responsable de l’activité Restructuring et Julien Sortais, Directeur de mission Deal Advisory, Restructuring afin d’évoquer les principaux enseignements d’une étude inédite publiée par KPMG sur les reprises à la barre du tribunal. L’étude vise à examiner les près de 500 plans de cession dont le jugement est intervenu sur les années civiles 2017 et 2018 en France métropolitaine, afin de tirer des statistiques spécifiques sur (i) l’impact du plan de cession sur l’emploi, (ii) le désintéressement des créanciers, (iii) le déroulement et l’efficacité des procédures, (iv) l’attractivité des secteurs d’activité et (v) le profil des repreneurs.

Une procédure efficace pour préserver l’emploi

En 2017 et 2018 plus de 38 000 emplois étaient en jeu dans le cadre d’entreprises, de 20 salariés ou plus, en redressement ou liquidation judiciaires ayant fait l’objet d’un plan de cession. L’étude démontre que 76 % des emplois ont été préservés par les repreneurs, soit près de 30 000 emplois sauvés. Selon l’étude, ce taux dépasse 80 % dès lors qu’il s’agit d’entreprises de taille significative (plus de 250 salariés).

« Le principal élément qui selon nous pourrait être amélioré est la recherche de repreneurs en tant que telle »

Les secteurs concentrant le plus grand nombre d’emplois menacés étaient la métallurgie (5 911 emplois menacés – Asco Industries, Maike Automotive…) le commerce de détail (5 060 emplois menacés – Tati, Toys R Us…), et également les industries alimentaires (4 330 emplois menacés – William Saurin, Doux…).

Une procédure peu efficace dans l’apurement du passif et un processus d’appel d’offres devant être amélioré

Alors que le plan de cession semble bien fonctionner concernant les enjeux sociaux, il apparaît en revanche peu efficace lorsqu’il s’agit d’apurer le passif. En effet, le prix de cession ne permet d’apurer que 6 % du passif. Ce ratio résulte de la combinaison d’un prix de cession globalement faible et d’un passif très significatif (en moyenne 1,2 année de chiffre d’affaires).

« Seul un tout petit nombre de dossiers, généralement les plus significatifs, font l’objet d’une recherche active au-delà des frontières françaises »

Sur le plan du processus d’appel d’offres, 2 entreprises sur 3 ne font l’objet que d’une seule offre de reprise. Ceci questionne sur l’efficacité du processus de recherche de repreneurs tel qu’il existe et explique également en partie la faiblesse du prix de cession. En effet, face à l’absence d’alternative, le tribunal ne peut que privilégier une solution conduisant à préserver massivement l’emploi, quand bien même le prix de cession est jugé insatisfaisant.

De fortes disparités sont observées entre les différents secteurs

Les secteurs concentrant des savoir-faire spécifiques à forte valeur ajoutée bénéficient d’offres de reprises en plus grand nombre et de meilleure qualité, notamment sur les aspects sociaux. C’est par exemple le cas du secteur de l’architecture et de l’ingénierie dont le taux de plans de cession, le nombre moyen d’offres déposées par dossier mais aussi le taux d’emplois repris, sont significativement supérieurs à la moyenne nationale. A l’inverse le secteur de la construction par exemple est peu attractif et fortement sinistré.

L’appétit des repreneurs étrangers pour des entreprises françaises reste faible et porte sur des dossiers de taille significative

Contrairement à certaines idées reçues mettant en avant le rachat à bas coût des entreprises françaises en difficulté par des entreprises étrangères, seuls 8 % des repreneurs étaient des entreprises ayant leur siège social à l’étranger l’an passé. Ce taux double quasiment pour atteindre 15 % sur les entreprises de plus de 100 salariés. Les repreneurs étrangers sont particulièrement attirés par les entreprises industrielles. Enfin, Il est à noter que 75 % des repreneurs étrangers sont européens et notamment suisses, anglais et belges.

Mayday : Vous évoquez dans votre étude une nécessaire amélioration des appels d’offres en raison de l’absence de concurrence de repreneurs potentiels. Pourriez-vous nous dire selon vous ce qui pourrait être amélioré dans le processus de cession ?

KPMG : Le principal élément qui selon nous pourrait être amélioré est la recherche de repreneurs en tant que telle. En effet beaucoup de dossiers ne font l’objet que d’une publicité et non d’une recherche active de repreneurs. Or, notre expérience montre que la plupart des repreneurs potentiels que nous contactons ne sont tout simplement pas au courant de l’opportunité. Des professionnels dont c’est le métier, pourraient être consultés, sur des bases tarifaires compatibles avec la procédure, afin de réaliser ce travail de recherche.

Pascal Bonnet

Mayday : Par ailleurs, ne doit-on pas y voir également une faible appétence des repreneurs pour certaines entreprises évoluant sur des marchés déclinants ?

KPMG : C’est évidemment le cas de certains dossiers qui évoluent sur des marchés non porteurs et qui n’attirent donc que peu de repreneurs. Cependant, l’analyse sectorielle fait également ressortir beaucoup de dossiers dont la problématique n’est pas la tendance du marché et dont les difficultés ne résultent pas d’une perte de chiffre d’affaires ou de marge. Ces entreprises qui ont fait l’objet d’une gestion approximative ou qui ont simplement connu un accident de parcours, offrent de réelles perspectives de retournement et devraient attirer plus de candidats à la reprise.

Mayday : Comment expliquez-vous l’appétence particulière pour certains secteurs (architecture, ingénierie, etc.) et le désintérêt pour d’autres secteurs (bâtiments etc) ?

KPMG : Nous n’avons malheureusement pas encore toutes les explications qui sous-tendent les constats qui ont été faits. Cependant, il semble que les secteurs qui concentrent des expertises spécifiques/rares attirent, sans surprise, plus de repreneurs. Par ailleurs le secteur de la construction est un cas particulier en ce sens qu’il pâtit selon nous de plusieurs phénomènes : (i) il rassemble un très grand nombre de dossiers, provoquant une pénurie d’acheteurs, (ii) ce sont en moyenne de petits dossiers et il ressort de l’étude que l’intérêt des repreneurs augmente avec la taille des dossiers, (iii) la reprise des chantiers en cours pose des difficultés techniques et commerciales pour les repreneurs.

Julien Sortais

Mayday : Comme expliquez-vous le faible appétit des repreneurs étrangers pour nos entreprises ?

KPMG : Plusieurs éléments sont de nature à expliquer cette carence de repreneurs étrangers. Le premier élément fait écho à ce qui a été dit précédemment sur l’absence de recherche active de repreneurs. Cela est d’autant plus vrai pour les repreneurs étrangers. Seul un tout petit nombre de dossiers, généralement les plus significatifs, font l’objet d’une recherche active au-delà des frontières françaises. Par ailleurs la publicité faite ne parait qu’en français dans des journaux ou des sites internet français. Globalement l’ensemble des organes de la procédure est franco-français et il existe donc une vraie barrière de langue qui peut rebuter une partie des investisseurs étrangers, surtout dans le cadre juridique complexe de nos procédures collectives.

Propos recueillis par Cyprien de Girval

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