Hadoro

Frappée par les restrictions sanitaires et une croissance non maitrisée, Hadoro, société spécialisée dans la fabrication de produits de maroquinerie de luxe adaptés à des produits de haute technologie, voit son plan de redressement adopté par le tribunal de commerce de Paris. Soutenue par ses actionnaires internationaux agissant sous la houlette du serial entrepreneur Gualtiero Giori, l’entreprise franco-britannique qui a dû faire face à une chute brutale de son chiffre d’affaires et une augmentation de ses charges en pleine crise sanitaire, signe un retournement remarquable dans le cadre d’une restructuration pilotée par Arnaud Marion, qui aura levé 2,1 millions en plein redressement judiciaire pour assurer le sauvetage de l’entreprise.

Se fournissant auprès des partenaires les plus réputés, commercialisant des produits quasi-exclusivement adaptés à la marque à la pomme, l’entreprise connait entre 2017 et 2019 une croissance de 400 % et réalise 6,9 millions d’euros de chiffre d’affaires pour son dernier exercice avant la crise sanitaire. Réputée pour la fabrication de coques d’iPhone en peau d’Alligator, l’entreprise franco-britannique, qui sert une clientèle internationale de quadra et quinquagénaire majoritairement masculine, fortunée et très connectée, a pourtant bien failli prendre l’eau.

Une entreprise qui subit une crise de croissance puis la crise sanitaire

Subissant « une crise de croissance » pour Julien Trehlu, associé chez Repère et conseil financier d’Hadoro, par un manque d’organisation qui les rendait incapables de suivre les ventes, « l’entreprise a accumulé une série de difficultés » nous confie Arnaud Marion qui a piloté son retournement. Et pour cause, elle doit composer avec une dégradation du climat social, un arrêt de ses outils de production et des achats de matières premières tardifs, incohérents et inadaptés. Le résultat ? Avant même la crise sanitaire, l’entreprise qui a acquis un volume de matières inédit est en rupture de stocks! Accumulant les retards et voyant sa trésorerie s’assécher, la société vit du soutien de ses actionnaires et se trouve dans une impasse.

Commercialisant ses produits à travers trois canaux, online via son site internet, retail avec deux stores prestigieux au Dubaï Mall et à Londres chez Harrods et wholesale, Hadoro va également subir la crise sanitaire de plein fouet. En effet, non seulement la mythique enseigne britannique ne tardera pas à baisser le rideau au vu du strict confinement observé outre-manche (7 mois de fermeture en un an ! alors que Harrod’s représentait 50% du chiffre d’affaires), mais en plus la clientèle de la marque cessera ses voyages et achètera moins en ligne. Quant à la production, elle sera progressivement interrompue (jusqu’à l’arrivée d’Arnaud Marion, dont la première décision sera de la remettre en route !)

N’arrivant pas à lever un PGE, Hadoro, contrainte de solliciter la protection du tribunal, est placée en redressement judiciaire en juillet 2020 et Florent Hunsinger, associé chez Solve, est désigné en qualité d’administrateur judiciaire. Hadoro entame alors une période d’observation dont l’issue parait plus qu’incertaine. Un appel d’offres est immédiatement initié en vue de trouver un repreneur. En vain, aucune offre véritablement sérieuse ne sera considérée. C’est alors qu’Apple va retarder le lancement de son dernier Iphone. Un retard qui coutera cher à Hadoro qui doit composer avec un chiffre d’affaires « fortement marqué par la saisonnalité des lancements de nouveaux produits » fait remarquer Julien Trehlu.

Un savoir-faire français, une vitrine à l’international

C’est dans ce contexte qu’Arnaud Marion est fraichement nommé à la tête d’Hadoro en septembre 2020. Il enchainera une série de mesures de remise en route de l’outil industriel, de réorganisation « pour comprendre les points de blocages et mettre en place des indicateurs industriels et de performance » souligne Julien Trehlu. L’outil de production, situé aux Auxons près de Besançon, est remis sur pied et passe de 5 à 300 pièces hebdomadaire entre le 17 septembre et le 1er novembre 2020.

Soutenant le chiffre d’affaires par le e-shop, Arnaud Marion prépare l’avenir, développe de nouveaux produits (comme des coques adaptées aux Mac Book) et promeut de nouveaux projets à l’image du partenariat qu’il réussit à nouer avec la marque lyonnaise de prêt-à-porter de luxe Zilli. « Nous avons en effet décidé de fortement développer l’activité de vente en ligne pour contrer les fermetures administratives de notre flagship chez Harrod’s, et limiter le wholesale à certains produits spécifiques. En parallèle, nous développons de nouveaux produits autour d’autres marques de téléphones pour accéder à une nouvelle clientèle notamment asiatique et être moins dépendant des cycles de production d’Apple, plus jeune et sur une gamme de produits plus complète » relève Arnaud Marion.

Réorganisant l’entreprise en profondeur, le nouveau dirigeant entreprend de garder le meilleur dans chaque pays : « la production est maintenant portée par la France là où est notre savoir-faire, la commercialisation est portée par l’Angleterre, le digital va être géré de façon décentralisée au niveau de chaque région de vente (le Middle East, la Russie, les USA) ». Ce faisant, l’entreprise, qui avance à marche forcée dans un avenir incertain et peu favorable à son rebond, « redevient rentable en cours de période d’observation au bout de deux mois avec une stricte rationalisation de l’outil de production » se réjouit le manager de crise. « On a réussi à produire autant que l’année dernière mais avec deux fois moins de collaborateurs grâce à une nouvelle stratégie industrielle et au travail de management sur place d’Alain Laffont ».

2,1 millions de levée de fonds en redressement judiciaire

En associant leurs talents Arnaud Marion et son actionnaire, Gualtiero Giori, arrivent à convaincre les actionnaires d’apporter 600 K€ au niveau de la holding anglaise pendant la période d’observation. Puis début 2021, ils ont levé 1,5 millions d’euros, forts de leur succès dans le online, sur une valorisation de 10 millions d’euros. Une gageure pour la marque à peau d’alligator que l’on voyait pour morte quelques mois auparavant. « La force de cette marque qui n’existait pas voici quatre ans et qui s’est imposée comme un must have du LuxeTech, réside dans l’alliance d’un savoir-faire de haut niveau dans le berceau de la maroquinerie de haut de gamme, et dans une capacité à se développer en vente directe via le online avec une force de frappe incroyable » raconte Arnaud Marion, qui renoue avec son passé, puisqu’il a été le co-fondateur du label Entreprises du Patrimoine Vivant avec le ministre Renaud Dutreil, et membre de la première Commission nationale entre 2006 et 2012.

Le résultat ? « Un savoir-faire français d’excellence qui s’exporte à l’international » est préservé indique Julien Trélhu. « Le fruit d’un travail considérable abattu par le management en à peine six mois et d’un soutien indéfectible de l’actionnariat. La société a retrouvé l’équilibre en procédure collective et en pleine période de crise sanitaire, malgré son flagship de Londres fermé. Désormais restructurée, les relais de croissance s’annoncent prometteurs » salue Romain Lantourne, avocat chez FTPA et conseil d’Hadoro.

Quand on demande à Gualtiero Giori comment il a choisi Arnaud Marion et pourquoi, il répond : « J’ai entendu parler d’Arnaud Marion à Genève par un dirigeant d’un important family office qui l’avait connu dans un board de société cotée. J’ai eu l’occasion de l’appeler suite à un des pires moments de ma carrière d’entrepreneur. Notre filiale française était en déshérence, avec un conflit social inattendu et un arrêt complet de la production. Grâce à l’action d’Arnaud Marion et du Cabinet Lantourne, en quelques semaines les problèmes ont été identifiés, isolés puis résolus. Et cela avec une feuille de route claire, facilement digérable pour nos investisseurs internationaux qui faisaient leur première expérience en France ! »

Arnaud Marion a assuré sa succession en plaçant Youcef Dridi, formé au sein de l’IHEGC (Institut des Hautes Études en Gestion de Crise), l’école qu’il a créée pour former les dirigeants à la gestion des crises et des transformations. Et quand on lui demande pourquoi lui qui s’intéresse généralement à des gros dossiers complexes est allé dans cette aventure, il répond « parce que c’était … perdu d’avance ! qu’il y avait un contexte contentieux et un climat social délétère, mais que je trouvais l’actionnaire très visionnaire et que je savais que nous pouvions associer nos talents pour sortir l’entreprise par le haut ! Pas de PGE ni d’aides non plus. C’est pour cela que j’ai réuni une équipe de choc surdimensionnée mais hyper compétente avec Alain Laffont, Romain Lantourne, Julien Trelhu et Flavie Hannoun. Par ailleurs, l’équipe hyper professionnelle de Florent Hunsinger nous a permis de sortir en un temps record du RJ. »

Solve (Florent Hunsinger) est intervenue en qualité d’administrateur judiciaire.

Hadoro SAS était dirigé par Marion & Partners (Arnaud Marion et Alain Laffont) et conseillé par FTPA (Romain Lantourne) sur les aspects juridiques et Repère (Julien Trélhu) sur les aspects financiers.

Hadoro Group UK était conseillé par Marion & Partners Ltd (Arnaud Marion).

Les actionnaires étaient conseillés par Lantourne & Associés (Flavie Hannoun et François Retif).

Par Cyprien de Girval

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