Notre-Dame de Paris

C’est devant l’émoi de dizaines de milliers de parisiens impuissants, que cet édifice symbolique de notre patrimoine cultuel, culturel, historique et artistique a recouvert le centre de la capitale de l’imposante fumée des 1300 chênes utilisés pour bâtir sa charpente. A-t-il vraiment fallu quelques heures, et une cause encore indéterminée, pour faire partir en fumée plus de 850 ans d’histoire ? Tour d’horizon des métiers, techniques et savoir-faire qui vont être mobilisés pour rebâtir l’édifice.

Accueillant environ 13 millions de visiteurs chaque année, Notre-Dame de Paris est l’un des monuments les plus visités au monde. Epicentre de Paris, il a fallu 182 ans pour bâtir ce chef d’œuvre d’art gothique qui fut le témoin du sacre de Napoléon Bonaparte en 1804, auquel Victor Hugo rendit hommage dans son œuvre prémonitoire parue en 1831 et qui est entré au Patrimoine Mondiale de l’Unesco en 1991.

Comment rebâtir aujourd’hui un édifice construit il y a 850 ans ?

L’édifice bâti il y a presque un millénaire, l’a été au prix d’importants sacrifices et avec des techniques et des savoir-faire parfois quasiment disparus. La charpente de Notre-Dame soutenait une lourde couverture faite de 1326 plaques de plomb de 5 mm d’épaisseur, qui représentait un poids total de 210 tonnes. Etant employé autant pour la couverture que pour les canalisations, le plombier ici ne se distingue pas du couvreur.

Ses ferrures quant à elles comptent parmi les plus impressionnantes réalisations en métal du Moyen Âge. Le bois des portes latérales de la cathédrale étant presque entièrement recouvert d’un réseau de rinceaux et d’ornements de fer (pentures et panneaux), il serait impossible d’en déterminer le nombre de soudures de ferrures.

Les motifs sculptés sur les façades et surtout les portails de Notre-Dame sont les témoins d’une évolution dans l’art du tailleur de pierre qui utilisait généralement la technique dite de la taille directe en se servant de dessins et de maquettes préparatoires pour sculpter directement dans les blocs de pierre. Chaque erreur peut ainsi endommager la pierre et la rendre inutilisable.

Heureusement, tout ne fut pas détruit. Les tours et la façade ont été sauvées, le coq trônant en haut de la flèche a été retrouvé dans les décombres et d’autres œuvres dont les fameux trésors de la cathédrale ont été préservées par le courage des pompiers ou la chance d’un calendrier. Ce fut notamment le cas des 16 statues qui ornaient le bas de la flèche qui ont été réceptionnées vendredi 12 avril par la Société nouvelle de conservation et de restauration, pour entreprendre leur restauration.

Les Entreprises du Patrimoine Vivant, qui n’ont de cesse de faire perdurer le savoir-faire de ces métiers artisanaux, vont être ici largement mises à profit. Le Président Emmanuel Macron a ainsi confirmé que les meilleurs talents seraient appelés pour relever ce défi titanesque.

L’utilisation des nouvelles technologies

Outre ces méthodes traditionnelles, entretenues par des entreprises disposant de ce savoir-faire et composant une partie de notre patrimoine vivant, la restauration pourrait également faire appel aux techniques les plus modernes. Déjà, le robot Colossus a été utilisé par les pompiers pour pénétrer pendant l’incendie dans la cathédrale et éteindre les départs de feu à distance avec son canon à eau motorisé.

Nous disposons également aujourd’hui d’outils technologiques capables de reconstituer avec la plus grande précision des bâtiments anciens. Il s’agit notamment de l’impression 3D. La mise en œuvre de tels procédés nécessite tout de même que le bâtiment ait été entièrement numérisé dans son intégralité. Cela est le cas de Notre-Dame de Paris, qui a fait l’objet de plusieurs numérisations notamment par l’historien Andrew Tallon en 2015, les concepteurs du jeu Assassin’s Creed ou encore la start up Targo qui a publié le 28 février dernier un documentaire sur Notre Dame et qui a pu, à cette occasion, capturer en 3D et à 360 degrés des parties de la cathédrale fermées au public avant l’incendie, comme les toits et les clochers comme le rappelle Les Echos.

L’impression 3D a déjà été utilisée pour la restauration de la Cathédrale d’Amiens ou pour l’Arc de Triomphe de la ville de Palmyre en Syrie détruit par l’Etat Islamique, avant qu’une copie ne soit reconstituée par l’impression 3D et exposée à Londres.

Un plan de financement d’envergure

La question du financement se pose également avec une acuité particulière. Le Président Emmanuel Macron a promis une restauration en 5 ans, mais l’Etat dispose de moyens limités et l’Eglise exclut de faire payer l’entrée.

Dès lundi soir, la famille Pinault annonçait donner 100 millions d’euros pour le financement des travaux, via sa holding patrimoniale Artémis. Très tôt ce matin, la famille Arnault et LVMH annonçaient également se joindre à l’effort collectif et apporter 200 millions pour reconstruire l’édifice. D’autres grands entrepreneurs français (à l’instar des familles Bouygues ou Bettencourt) ont annoncé également leur mobilisation, la Fondation du Patrimoine a lancé une grande souscription et de nombreuses plateformes, en ordre dispersé, ont lancé des campagnes de crowdfunding. La région Ile de France débloquerait également 10 millions d’euros, sous forme de prêt, pour les travaux d’urgence et la mairie de Paris, 50 millions d’euros, de sorte qu’au total la somme récoltée à ce jour pour la rénovation de Notre Dame de Paris dépasserait déjà les 600 millions d’euros.

De son côté, comme le rappelle Challenge, la French Heritage Society, basée à New York, a lancé un « Notre-Dame Fire restoration Fund » et le milliardaire francophile Henry Kravis (cofondateur de KKR) et son épouse Marie-Josée ont annoncé un don de 10 millions de dollars.

Il est bien entendu encore trop tôt pour estimer avec précision l’ampleur des dégâts et donc le coût de la reconstruction. Pour se donner une idée toutefois, il semble que 150 millions d’euros était la somme nécessaire pour restaurer la charpente, la flèche et la couverture avant l’incendie. Il faudra également attendre l’avis des spécialistes des monuments historiques pour savoir si la charpente sera reconstruite à l’identique ou de façon innovante pour ne pas trop charger une structure fragilisée par l’incendie, choix par exemple opéré pour la reconstruction de la Cathédrale de Reims qui avait été détruite lors de la première guerre mondiale.

Une chose est sure, cette reconstruction prendra du temps et nécessitera la mobilisation de tout le savoir-faire de nos artisans, ouvriers, de nos starts up et le financement des mécènes privés français et d’ailleurs. Le génie français qui vole au secours du génie français …

Par Gwenaëlle de Girval

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