Rallye

Par son ampleur, son actionnaire de contrôle, Jean-Charles Naouri, et son exposition aux marchés financiers, la procédure de sauvegarde des holdings du groupe Casino annonce un dossier tentaculaire, d’une rare complexité.

Prises en étau par une dette abyssale, Rallye, holding du groupe Casino, et ses filiales Cobivia et HMB, ainsi que ses sociétés mères Foncière Euris, Finatis et Euris ont été contraintes de demander la protection du Tribunal de commerce de Paris, afin de suspendre le remboursement de leurs dettes et de leur permettre d’engager des discussions avec leurs créanciers en vue d’une renégociation.

Par cette procédure de sauvegarde ouverte par jugement du Tribunal de commerce de Paris du 23 mai 2019, l’actionnaire majoritaire du groupe stéphanois fondé en 1898 par Geoffroy Guichard se place à l’abri pour quelque mois.

Les filiales opérationnelles, Casino et Go Sport, ne sont pas concernées par ces procédures.

Des vendeurs à découvert pris de revers

Ce faisant, la restructuration qui va avoir lieu se fera dans un contexte tendu, alors que l’AMF a ouvert une enquête après la chute du cours de Casino à la fin 2015, provoquée par un rapport au vitriol de Muddy Waters.

Par ailleurs, la semaine dernière, c’est un tiers des ventes d’actions Casino qui étaient réalisées par des vendeurs à découvert, c’est-à-dire par des investisseurs qui jouent l’action Casino à la baisse. Si le cours baisse, ils empochent une plus-value, mais ils perdent si le cours monte.

En l’espèce, Casino n’étant plus menacé d’avoir à remonter d’importants dividendes pour lui permettre de payer les intérêts d’emprunt gelés par l’effet de la procédure de sauvegarde, a vu sa cotation progresser de 7,5 %, grimpant grâce à des rachats de ventes à découvert, même si l’action Rallye a quant à elle perdu de sa valeur.

Jean-Charles Naouri sous le feu des projecteurs

Né en 1949, Jean-Charles Naouri, est le PDG de Rallye et Casino. Ancien élève de l’ENS, de Harvard et de l’ENA, il débute sa carrière dans le corps de l’Inspection des finances en 1976. Directeur de cabinet de Pierre Bérégovoy entre 1982 et 1986, il quitte la fonction publique en 1987 pour rejoindre la banque Rothschild en tant qu’associé gérant. Dans le même temps, il fonde le fonds d’investissement Euris. Après plusieurs prises de participation minoritaires, il rachète Rallye, un distributeur breton. En 1992, Rallye entre au capital du groupe Casino et en deviendra le premier actionnaire.

Quelles issues possibles ?

Au 31 décembre 2018, les dettes financières nettes de Rallye, Foncière Euris, Finatis, et Euris sont respectivement les suivantes : Rallye : 2 899m€ ; Foncière Euris : 180m€ ; Finatis : 104m€ ; Euris : 112m€.

Une partie de cet endettement fait l’objet de garanties qui prennent la forme de nantissements sur les titres Casino, Rallye, Foncière Euris ou Finatis selon le cas, le nombre de titres devant être nantis étant corrélé à l’évolution du cours de bourse. Rallye et ses filiales ont, à ce jour, nanti la quasi-totalité de leurs actions.

Par ailleurs, Rallye a tiré à hauteur de 202 millions d’euros sur la ligne de crédit de 500 millions d’euros à échéance 30 juin 2020, dont la marge s’élève à 6%.

Pour certains, la procédure pourrait déboucher sur une perte de contrôle du groupe par Jean-Charles Naouri. En effet, un simple rééchelonnement de dettes pourrait ne pas suffire et une restructuration plus profonde devrait être initiée. La question se pose en effet de savoir si Rallye serait capable de rembourser sur la durée d’un plan de sauvegarde (maximum 10 ans, sauf accord des créanciers) une dette de 2,9 milliards d’euros ? Cela supposerait que Casino lui verse un dividende annuel de 290 millions d’euros et dégage donc un résultat de 750 millions. Ce résultat parait peu probable, ce dernier n’ayant pas été atteint ces dernières années, sauf en 2014 et 2016.

Dans ce contexte, les créanciers obligataires, qui portent 40% de la dette de Rallye, pourraient convertir leurs créances en capital et en prendre le contrôle.

Pour le solde, la dette de Rallye est détenue par des banques, notamment BNP Paribas, BPCE et le Crédit agricole. Contrairement aux porteurs d’obligations, les banques ont en garantie du remboursement de leurs créances les titres Casino nantis à leur profit. Elles semblent donc moins exposées à une réduction de leurs créances et pourraient d’ailleurs décider de céder leurs créances sur le marché secondaire de la dette à des fonds opportunistes.

Une renégociation de dettes qui va avoir lieu, alors que la directive européenne visant à mieux appréhender les différentes forces en présence n’a pas encore été transposée.

Dans ce contexte, les spéculations vont bon train : arrivée de hedge funds, cession d’une partie des actifs à des concurrents dans un marché en concentration ou encore intervention d’Amazon qui pourrait également jouer un rôle sont autant de scenarii évoqués.

En réalité à ce stade, c’est un dossier tentaculaire qui vient d’être confié à deux administrateurs judiciaires de talent, aux styles aussi différents qu’unanimement reconnus, Hélène Bourbouloux, Administrateur Judiciaire chez FHB et Frédéric Abitbol, Administrateur Judiciaire chez Abitbol & Rousselet, et toute spéculation quant à son issue parait plus relever de la gageure que d’autre chose …

Par Cyprien de Girval

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