C’est en 2012 que Jason Reeve pose sa plaque chez Renault Thominette Vignaud & Reeve, plus connu sous l’acronyme RTVR. Il y retrouve d’anciens camarades de Cleary Gottlieb formés, comme lui, à l’école de l’exigence quelques années plus tôt, avant d’y créer la pratique restructuring mêlant étroitement droit et finance. Une activité qu’il porte aujourd’hui avec une équipe de trois avocats et une approche très opérationnelle des situations de crise, pensée au plus près des dirigeants et des fonds.
RTVR est un cabinet d’avocats d’affaires parisien intervenant en conseil et contentieux des affaires. La structure, à taille humaine, réunit une dizaine d’avocats dont cinq associés aux expertises complémentaires. Jason Reeve y dirige l’activité restructuring, aux côtés d’Olivier Renault et Audrey Obadia-Zerbib en M&A et corporate, Renaud Thominette en contentieux des affaires, et Maxime Vignaud en droit commercial et propriété intellectuelle.
Le cabinet a été pensé dans une logique de spécialistes. L’étroitesse des liens entre ses associés, leur expertise et la complémentarité des pratiques lui ont permis, au fil des années, de devenir un partenaire stratégique pour ses clients. Les dossiers restructuring s’appuient régulièrement sur les équipes corporate et M&A, ce qui permet à Jason Reeve de proposer à ses clients une approche globale des opérations, qu’il s’agisse d’une procédure préventive ou collective, d’un plan de cession ou d’une reprise d’actifs en situation de difficulté.
Un avocat restructuring formé au M&A
Le parcours de Jason Reeve est celui d’un juriste façonné par le M&A avant de se spécialiser en restructuration d’entreprises. Doublement diplômé en droit à Assas et à la Sorbonne, puis de HEC, il commence sa carrière à Pékin chez Coudert Frères, accompagnant de grands groupes industriels français dans leurs joint-ventures franco-chinoises. De retour en France en 2003, il rejoint Cleary Gottlieb où il se forme en M&A et capital markets, sur des opérations qui lui donnent le goût des structures complexes et des négociations multilatérales, et où la rigueur fait partie de l’ADN. C’est ensuite chez Jean-Paul Poulain, ancienne figure du restructuring parisien, qu’il découvre sa vraie vocation. Cinq ans d’une expérience exigeante, où il capitalise sur sa double formation et apprend que la sortie d’un dossier passe autant par la maîtrise des outils juridiques que par la compréhension des chiffres et de l’environnement économique, autant par l’approche psychologique du dirigeant que par le dialogue avec les partenaires et les autres intervenants. Sa devise : chacun est utile avec sa propre compétence ou son rôle pour favoriser l’émergence d’une solution.
En 2012, à 38 ans, sans portefeuille de clients mais avec une conviction et une ambition de développement, il franchit le pas et rejoint RTVR pour y créer la pratique restructuring. Il est également actif depuis quinze ans à l’ARE, où il à participé à la création du comité de partenariats académiques pour développer la culture du restructuring auprès des étudiants de grandes écoles et universités.
Trois avocats, en ordre de marche
Il a construit autour de lui une équipe de trois avocats. Paul-Antoine Corot, qui l’a rejoint en 2024 et qui partage avec Jason Reeve un double ancrage droit-finance. Licence d’économie-gestion, master de droit, master à l’EM Lyon, stage chez Deloitte en restructuring financier, passage dans un fonds de retournement, puis quelques années chez Altana et Linklaters. « Ce que j’avais repéré chez Jason Reeve, c’est cette approche très pragmatique, le sens de la méthodologie déployée dans le traitement d’un dossier, avec une vision financière et économique », explique-t-il. Alix Zirah a rejoint l’équipe il y a près d’un an après une première expérience chez FHBX, une étude d’administrateurs judiciaires. Des profils complémentaires, pensés pour une équipe où chacun est amené à être force de proposition et à s’impliquer dans la gestion des dossiers. La simple exécution n’a sa place dans cette équipe à circuit court.
L’équipe intervient principalement auprès d‘ETI. Environ 70 % de l’activité est réalisée côté débiteur, Jason étant régulièrement sollicité par des fonds d’investissement pour assister leurs participations, 20 % côté créanciers ou investisseurs, et 10 % côté repreneurs. Parmi les apporteurs notables figurent Bpifrance Investissement, BNP Paribas Développement, Raise, Zencap, Activa ou Andera Partners. Franco-britannique, il intervient également sur des dossiers impliquant des actionnaires étrangers. Les secteurs couverts sont variés, du BTP à la santé, de l’hôtellerie restauration aux énergies renouvelables, en passant par les loisirs, l’événementiel et la formation. L’équipe gère en permanence une quinzaine de dossiers actifs.
L’organisation de l’équipe repose sur ce que Jason appelle le juste équilibre. Paul-Antoine est impliqué sur les dossiers à forts enjeux, Alix monte progressivement en responsabilité sur des dossiers plus accessibles, et Jason chapeaute l’ensemble. Une réunion hebdomadaire passe en revue timelines, diligences et urgences. « On fait beaucoup d’emails de point d’étape, on planifie, on cadre », décrit Paul-Antoine Corot. Un mode de fonctionnement apprécié des clients, qui savent à tout moment où en est leur dossier et comment les options évoluent. Gaël Couturier, administrateur judiciaire chez FHBX, souligne lui aussi cette implication personnelle : « Jason suit ses dossiers de très près, il les pilote et les fait avancer jusqu’au bout. »
À la recherche du dénominateur commun
Ce qui distingue Jason Reeve, c’est sa manière d’aborder les situations. Il pense le dossier en homme de chiffres avant de le traiter en juriste. Sa formation à HEC, combinée à ses premières années en cabinet, l’ont sensibilisé à la nécessité de s’approprier les enjeux économiques et financiers de ses dossiers, les prévisionnels de trésorerie, les business plans en passant par les plans de financement. Une approche qu’il transmet aujourd’hui à son équipe. « Mon obsession, c’est de m’assurer que le client comprend la situation et les options et sait où on va », explique t-il.
Guillaume Boucher, directeur d’investissement chez Zencap, retient avant tout la clarté du positionnement de Jason Reeve. Dès leur première rencontre, celui-ci lui expose sa manière de travailler sans détour, privilégiant l’efficacité opérationnelle aux longs mémos. Une approche que Guillaume Boucher résume ainsi. « Il va droit au but, c’est ce qu’on attend d’un conseil en situation de crise. »
Cette capacité à conjuguer technicité et prise de décision revient régulièrement dans les témoignages. Marine Pace, administrateur judiciaire associée gérante chez 2M & Associés, avec qui il collabore régulièrement, décrit un « super technicien qui recherche toujours la meilleure solution et qui n’a pas peur de sortir des sentiers battus ». Elle ajoute qu’ « il sait à la fois être très calme et posé, mais prendre des positions fortes quand il y a besoin ». Maxime Mazuy, directeur chez Nexia S&A à Lyon, qui a travaillé avec Jason sur plusieurs procédures amiables, confirme cette approche. « Il est dans la recherche du dénominateur commun. L’objectif, c’est d’obtenir un accord, plutôt que de tordre le bras au créancier. » Sandrine Prévost, Directrice d’Investissements chez BNP Paribas Développement, résume de son côté l’état d’esprit qu’elle lui reconnaît. « C’est un bon négociateur, orienté solution, et à la recherche de la pérennité de l’entreprise. »Derrière cette approche très opérationnelle, plusieurs de ses interlocuteurs soulignent aussi la proximité qu’il entretient avec les dirigeants. Tracy Cohen Sayag, directrice générale de la Clinique des Champs-Élysées, témoigne ainsi. « On se sent très exclusif avec Jason. Chaque dossier, pour lui, a une importance très particulière. » Alexandra Dupont, directrice générale de Raise, qui a fait appel à lui sur plusieurs dossiers, souligne quant à elle « beaucoup d’écoute, beaucoup de réactivité et beaucoup de professionnalisme ».
Jason Reeve apparaît comme un avocat capable à la fois d’accompagner ses clients dans les moments difficiles et de leur parler franchement lorsque la situation l’exige. Son niveau de technicité le rapproche, pour beaucoup de ceux qui travaillent à ses côtés, des grandes signatures du restructuring parisien. Loin de l’image parfois froide des avocats d’affaires, il cultive une proximité opérationnelle avec les réalités de l’entreprise et entretient avec les dirigeants et les fonds d’investissement une relation de confiance qui fait toute la différence dans les périodes critiques. Cette proximité s’accompagne d’une forme d’humilité et d’une courtoisie naturelle que plusieurs de ses interlocuteurs soulignent spontanément.
L’avenir, Jason Reeve s’en préoccupe : assurer la continuité dans le développement et l’élargissement des compétences du cabinet et assurer la pérennité de ce qu’il a construit en accompagnant ses collaborateurs vers l’association.
Par Camille Rougeau