Deloitte finance

Dans l’étude Deloitte / Altares 2020, l’équipe Restructuring Financier du cabinet Deloitte s’interrogeait sur l’arrivée des potentielles vagues de défaillance suite à la baisse historique de -38% constatée en France en 2020 malgré une chute de -8% du PIB, concentrée à 98% sur les entreprises de moins de 20 salariés.  Les experts estimaient qu’il ne fallait pas attendre une recrudescence des défaillances avant le 4ème trimestre 2021, voire le 1er semestre 2022 compte tenu, entre autres, du maintien des mesures d’aides. Jean-Pascal Beauchamp, Associé Responsable Restructuring financier, Cédric Joubert, Directeur Restructuring financier et Elena Rozenko, Manager Restructuring financier font le point pour Mayday sur les défaillances au 30 juin 2021.

La baisse des défaillances constatée en 2020 se poursuit et bénéficie désormais également aux entreprises de taille significative, avec un impact positif sur l’emploi.

Le bilan à mi-année publié récemment par Altares confirme nos anticipations : sur les 6 premiers mois de 2021, le niveau des défaillances reste inférieur de -50% au 1er semestre 2019 et de -18% en deçà de celui du S1 2020. Si la tendance baissière généralisée se poursuit, on déplore néanmoins une hausse au T2 2021 de +10% par rapport à la même période de 2020 (pleinement impactée par le 1er confinement, et donc plus pertinente pour apprécier la variation de 2021)[1], qui doit conduire à la vigilance.

Au premier semestre 2021, les TPE de moins de 6 salariés représentent 90% des défaillances, soit un niveau supérieur aux premier semestre 2020 (83%) et à 2019 (85%) laissant présager un début de rattrapage sur cette catégorie d’entreprises. Et alors qu’en 2020, nous constations que la courbe d’évolution du nombre de défaillances changeait de direction avec la hausse de la taille des entreprises (de -38% pour les entreprises de moins de 20 salariés à +73% pour celles de plus de 500 salariés), ce phénomène s’est inversé sur les six premiers mois de 2021 : les entreprises de taille significative (> 100 salariés) ont connu une baisse particulièrement marquée par rapport à 2020 (-54%).

En lien avec ces tendances, nous observons une forte baisse du nombre d’emplois menacés au 1er semestre 2021 (49 470) : si elle était de -12% au S1 2020 par rapport au S1 2019, elle est passée à -39% au S1 2021 vs S1 2020 (soit -46% par rapport à 2019).

Au niveau européen, cette tendance reste en ligne avec le Royaume-Uni qui enregistre -36% de défaillances au 1er semestre 2021 par rapport à la même période de 2019 (ou -20% vs S1 2020), mais se démarque de celle observée en Espagne avec une hausse de +80% de défaillances au 1er semestre 2021 par rapport au S1 2020[2].

Le recours aux procédures de prévention des difficultés en forte hausse.

Malgré une attention particulière portée à la prévention par les pouvoirs publics, les tribunaux de commerce et les différents acteurs du retournement, nous constations dans notre Etude 2020 une baisse des procédures amiables en 2020 (-10% vs 2019).

Depuis lors, les procédures de prévention ont été mises en avant par les différents travaux relatifs aux entreprises en difficulté : l’une des propositions du rapport de la mission « Justice Economique » sous la direction de Georges Richelme publié en février 2021, mettait l’accent sur le renforcement des dispositifs de prévention et dans le même esprit, plusieurs propositions ont été récemment formulées par la mission d’information commune relative aux entreprises en difficulté du fait de la crise sanitaire présidée par Monsieur le député Romain Grau.

L’amélioration de l’information des chefs d’entreprise relative aux procédures de préventions aurait-elle d’ores et déjà porté ses fruits ? La réponse à cette question ne pourra être complète qu’avec le temps, mais sur les 6 premiers mois de 2021, une hausse des procédures amiables de +25% par rapport à 2019 (+52% vs 2020) a été observée au niveau national selon les statistiques publiées par le CNAJMJ[3]. Cette tendance reflète également une réticence plus marquée des créanciers et prêteurs à faire face aux efforts répétés demandés.

 

Une réduction des risques à court terme, qui ne doit pas occulter l’attention à apporter à la préservation de la valeur à long terme.

Maintien des aides existantes, création de nouveaux dispositifs de soutien (notamment aide dite « coûts fixes »), renforcement progressif du fonds de solidarité au cours des premiers mois de 2021, ajustement des modalités des PGE et maintien de la garantie de l’Etat en cas d’ouverture de procédure collective : autant de dispositifs qui ont permis aux entreprises françaises de maintenir leur niveau de trésorerie et d’écarter à ce jour une vague de défaillances.

Les entreprises françaises semblent donc disposer de solutions pour éviter des problématiques financières à court terme, mais il faudra être vigilant à ce que la gestion de la crise n’obère pas la compétitivité à moyen et long terme.

En effet, l’efficacité de ce soulagement de la trésorerie à court-terme, ayant notamment permis de limiter le nombre de défaillances, doit être appréhendée au regard des conséquences à moyen- et long-terme : l’endettement complémentaire levé notamment via les PGE, destiné à financer les pertes liées à la crise sanitaire, vient alourdir davantage le bilan des entreprises. En France, le taux d’endettement des sociétés non financières a déjà atteint 87,6% du PIB à fin 2020 (vs 50,7% en Allemagne), en forte hausse par rapport à fin 2019 (73,3%, soit +14,3pts)[4] et pourrait compromettre la capacité des entreprises à financer leur transformation et leur capacité d’innovation, pourtant gage de pérennité et de maintien de leur compétitivité.

Sur ce 1er semestre 2021, même s’il fait apparaitre une recrudescence des défaillances, le seuil atteint reste inférieur de 50% à celui de 2019, soulignant le caractère asymptomatique des entreprises françaises, quelle que soit leur taille dénotant ici une évolution par rapport à 2020. L’atteinte d’une immunité collective reste encore un objectif très lointain, conditionné à un fonctionnement autonome, non assisté financièrement, des entreprises dans leur eco-système.

Le renforcement des fonds propres, au cœur des réflexions de l’exécutif, est donc plus que jamais nécessaire pour éviter que la chute des défaillances de 2020 et de 2021, n’ait pour corolaire une hausse significative des défaillances à moyen et long terme, traduisant l’incapacité des entreprises à opérer les transformations nécessaires pour s’aligner avec des marchés en pleine mutation.

Par Jean-Pascal Beauchamp, Cédric Joubert et Elena Rozenko

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[1] Altares : https://www.altares.com/fr/blog/2021/07/08/etude-defaillances-et-sauvegardes-dentreprises-en-france-t2-2021/

[2] Iberinform : https://www.europapress.es/economia/noticia-insolvencia-empresarial-crecio-80-espana-primeros-seis-meses-2021-iberinform-20210706170430.html

[3] CNAJMJ : https://www.cnajmj.fr/upload/Lettre/55-Indicateurs-Procedures-collectives-et-procedures-de-prevention-Juillet-2021.pdf

[4] Banque de France : https://www.banque-france.fr/sites/default/files/webstat_pdf/tau_end_anf_com_int_2215_fr_si_endet_comparaisons_internationales_2020t4.pdf

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