Whirlpool

En impasse de trésorerie, l’entreprise symbole de l’entre deux tours de l’élection présidentielle de 2017 a sollicité la protection du Tribunal de commerce d’Amiens et l’ouverture d’un redressement judiciaire.

C’est seulement un an après sa reprise par la société WN, qui avait été célébrée en grande pompe, que l’entreprise doit faire face à d’importantes difficultés et doit à son tour se placer sous la protection du Tribunal. 162 employés sont à nouveau dans la tourmente.

D’importants projets, mais peu de débouchés commerciaux

L’aventure WN commence en 2017 grâce au projet porté par Nicolas Decayeux, un industriel local, qui croit en la revitalisation du site de production de Whirlpool d’Amiens, voué à la fermeture. Cet industriel picard bien ancré dans la région a déjà plusieurs idées en tête dont la création d’une usine collaborative qui s’inscrit dans une démarche écoresponsable de production 100 % française. Le projet veut permettre l’émergence d’un nouveau cluster industriel régional.

L’entreprise WN devait se lancer notamment dans la production de casiers réfrigérés connectés et la fabrication de chargeurs de batteries pour vélos et voitures.

Suite à la reprise par WN du site en septembre 2017, Nicolas Decayeux reçoit le soutien de l’État avec la visite du Président de la République Emmanuel Macron un mois après.

Pour autant, WN ne connaîtra pas la renaissance qu’elle entendait porter dans la région et ses projets, aussi innovants soient-il, ne trouvent pas de débouchés commerciaux à court et moyen terme. Le faible chiffre d’affaires généré actuellement ne permettrait pas à l’entreprise de financer son activité malgré l’importance des efforts financiers consentis par l’Etat à hauteur de 2,5 millions d’euros et par Whirlpool à hauteur de 7,4 millions.

La préfecture indique par la voie d’un communiqué qu’à la suite d’une réunion qui s’est tenue à Bercy le 19 avril dernier avec pour objectif de faire le point sur la situation de l’entreprise, l’Etat a financé en urgence un diagnostic financier et stratégique mené par le cabinet Alix Partners, permettant de mettre en exergue la nécessité d’une restructuration profonde de l’activité.

Quels sont les scenarii possibles ?

De son côté, WN a fait savoir qu’elle souhaitait par cette procédure bénéficier du soutien des institutions locales pour pérenniser le développement de ses récentes activités de production et de cluster industriel, avec la participation des salariés du site.

Le repreneur se veut donc optimiste quant à l’avenir du site et la renaissance de son projet industriel. Ce dernier a fait savoir qu’après un démarrage de l’activité tardif, WN serait actuellement en négociation avec plusieurs partenaires sérieux pour développer son activité principale de Shopping Box et qu’il continue à croire en son projet de casiers réfrigérés connectés.

La préfecture en revanche indique que sa priorité est le reclassement des salariés et met en avant l’important effort de formation dont ces derniers ont bénéficié ces derniers mois (14.000 heures de formation sur 6 mois en soudure, utilisation de machine métallurgiques à commandes numériques, …). Par ailleurs, la préfecture fait savoir que des réunions seront organisées dans les prochains jours afin d’identifier les entreprises pouvant avoir un intérêt pour une reprise de l’activité ou des salariés.

Une restructuration sous tension

Les salariés de leur côté s’attendaient à un tel dénouement, premiers témoins de la faiblesse du carnet de commandes. Certains d’entre eux indiquent vouloir entreprendre une action en justice pour demander l’annulation de la vente de l’usine à WN, celle-ci n’ayant jamais reposé, selon eux, sur un projet sérieux. Si l’issue d’une telle action en justice parait plus qu’hasardeuse, il est par ailleurs difficile de voir quel serait leur intérêt de se retrouver avec un repreneur qui n’en est plus et un ancien propriétaire qui n’en veut plus.

De son côté, une partie de la classe politique s’indigne, accusant le gouvernement d’inaction et d’absence de suivi du ministère du « désert industriel » selon François Ruffin, député LFI, sur RTL. Le député en appelle au Président de la République, afin qu’il finance la pérennité de l’activité et/ou un plan de sauvegarde de l’emploi permettant la reconversion des salariés.

C’est donc un nouveau dossier industriel épineux qui vient de s’ouvrir, dans une période qui n’en manque pas.

Par Cyprien de Girval

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