Au lendemain de la mort du Roi Soleil, le Duc Philippe d’Orléans qui assure la régence de la France doit faire face à d’importantes difficultés financières. La dette du pays dépasse 3,5 milliards de livres, et le produit des impôts s’avère largement insuffisant pour l’honorer. La banqueroute du pays menace et le Régent se refuse de recourir aux expédients habituels : refonte de la monnaie, réduction des rentes.

C’est dans ce contexte qu’il tente l’expérience conseillée par l’audacieux financier écossais John Law (1672 – 1729) pour qui les échanges et la confiance sont le nœud de la crise financière, non la dette en elle-même et, qui, dans son Essai sur un système financier a montré les avantages des billets de banque sur l’or. Dans le système de Law, la banque reçoit le privilège de l’émission des billets, garantis par le dépôt de l’or et prête à l’Etat le métal récolté. L’Etat lui-même peut rembourser ses créanciers en billets de banque.

Aussi, en 1716, John Law est autorisé à créer une banque privée qui émet du papier-monnaie. L’affaire marche très bien, mais la banque est fragile puisque, ayant prêté son or à l’Etat, elle est dans l’incapacité de faire face à d’éventuelles demandes de reconversion de ses billets. Par déclaration du 4 décembre 1718, la banque générale devient banque royale. Seul l’État en détient les actions.

En 1717, John Law fonde la Compagnie d’Occident, ou Compagnie du Mississippi, qui est le deuxième pilier de son « système ». Il obtient le monopole du commerce avec la Louisiane, avec pour objectif de la coloniser. Les actions de sa compagnie peuvent être souscrites par apports de rentes sur l’Etat ou par paiement comptant et la banque accepte de prêter des billets à cette fin. La spéculation aidant, ses actions s’arrachent. Après avoir absorbé toutes ses concurrentes, la Compagnie d’Occident devient celle des Indes. L’euphorie est telle que Law peut lancer un emprunt, multiplier les émissions de papier-monnaie tout en baissant les taux d’intérêt servis. Les preneurs se bousculent malgré tout. On est en pleine bulle spéculative.

La foule des spéculateurs et des curieux se presse rue Vivienne et rue Quincampoix, ruelles où se négocient les actions au porteur et où, dans une cohue indescriptible, l’on rencontre aussi bien les aristocrates les plus distingués que des personnes plus modestes qui ont placé leurs économies ou emprunté pour investir. Des fortunes aussi colossales que fragiles se bâtissent en quelques heures.

En 1720, la réalité finit par rattraper la spéculation effrénée : l’annonce de dividendes très réduits refroidit rapidement les investisseurs. Les actionnaires voulurent échanger leurs billets contres des espèces et la banque, ne pouvant honorer ses promesses, fit faillite. Il s’en suivit une panique digne d’un krach boursier, la bousculade était si forte au siège de la banque que plusieurs morts furent à déplorer.

Si le système de Law a permis à certains, dont l’avisé Voltaire, de s’enrichir, il en a ruiné beaucoup d’autres dont Marivaux. Bon nombre d’œuvres littéraires (comme les Lettres Persanes de Montesquieu) évoqueront ce désastre.

Depuis lors, les français éprouveront une méfiance insurmontable à l’égard des activités bancaires et un doute planera pour longtemps sur la fiabilité du papier-monnaie.

Par Cyprien de Girval

 

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