scandale de panama

Après l’inauguration du canal de Suez, le 17 novembre 1869, Ferdinand de Lesseps, auréolé de gloire, avait obtenu un statut international.

C’est dans ce contexte qu’en mars 1878, Lucien Napoléon Bonaparte-Wyse obtint du gouvernement colombien, dont dépendait le Panamà, une concession pour la construction d’un canal devant permettre de relier l’océan Atlantique à l’océan Pacifique par l’Amérique centrale.

Peu de temps après, Lesseps réunit un Congrès International d’étude du canal interocéanique, composé de 136 délégués, majoritairement français, représentant 26 nations, pour s’accorder quant à la méthode à adopter. Lesseps proposa un canal à niveau, alors qu’un autre projet de canal à écluses, moins onéreux et moins risqué, était également présenté par un autre français.

Malgré cela, le Congrès approuva le projet de Lesseps, le coût de construction du Canal fut estimé à 600 millions de francs.

Afin de financer le projet, Charles de Lesseps (fils de Ferdinand de Lesseps) procéda à l’émission de 800 000 actions de la Compagnie du Panama à 500 francs.

Cette émission fut un échec et une partie seulement des fonds furent récoltés.

Les travaux, qui débutèrent en 1881, rencontrèrent plusieurs difficultés : épidémies de malaria et de fièvre jaune occasionnant une très forte mortalité parmi le personnel, accidents de terrain dus à la difficulté de traverser la cordillère montagneuse qui longe l’isthme. Les travaux prirent alors beaucoup de retard.

En 1884, les caisses de la compagnie sont vides alors que seulement un dixième des déblaiements prévus a été réalisé. Dans ce contexte, Lesseps à l’idée, en 1885, d’émettre des obligations à lots afin d’intéresser davantage les petits épargnants, mais il est nécessaire pour cela de modifier la loi. Il fait alors appel à Cornelius Herz, un homme d’affaires peu scrupuleux qui, bénéficiant de nombreux appuis dans le monde politique, fait savoir à Charles de Lesseps, qu’en contrepartie de dix millions, il pourra faire passer la loi. Herz entend également s’appuyer sur le baron Jacques de Reinach, banquier et ancien chef de cabinet de Gambetta. C’est lui qui est chargé de distribuer les « fonds de publicité ». Ils subventionnèrent très largement la presse pour la promotion de l’investissement. Afin d’accélérer la levée de fonds, Lesseps fit également appel au Parlement et lança alors un système de corruption des parlementaires pour obtenir le déblocage de fonds publics.

Alors que Gustave Eiffel, qui était venu en renfort, remettait totalement en cause la conception technique du projet, Lesseps continua à récolter des fonds auprès d’épargnants et à corrompre des journalistes et des parlementaires pour obtenir la promulgation de la loi sur mesure, qui devait permettre l’émission de l’emprunt. En 1888, la loi est passée et les derniers fonds sont débloqués sous forme d’emprunts.

Malgré l’émission de ces derniers emprunts de 1888, il s’avéra impossible de redresser la situation, et la Compagnie fut mise en liquidation judiciaire le 4 février 1889, provoquant la ruine de 85 000 souscripteurs.

C’est en 1892 que le scandale fut révélé dans la presse et l’affaire eu un très grand retentissement.

Le baron de Reinach fut retrouvé mort et Corneliuw Herz s’enfuit en Angleterre où il échappa à la justice.

Au lendemain de la découverte du corps de Reinach, la presse se déchaîna contre les « chéquards » et les « panamistes ».

Une commission d’enquête fut alors créée. Plusieurs ministres furent directement mis en cause. Victime alors d’une campagne de presse haineuse, Clémenceau en perdit son siège de député du Var.

Le scandale se conclut en 1893 par la condamnation à cinq ans de prison de l’ancien ministre des Travaux publics, Charles Baïhaut. Ferdinand de Lesseps fut condamné à 5 ans de prison, mais il y échappa grâce à un vice de forme.

La construction du canal fut finalement reprise par les Etats-Unis qui rachetèrent la concession, les actions et les avoirs de la Compagnie de Panama. Ils reprirent le projet d’un canal écluse qui avait été proposé en 1879 et prolongèrent le tracé français déjà effectué, pour l’achever en 1914, avec un surcoût de seulement 40 millions de dollars.

Le canal fut inauguré le 3 août 1914, au moment même où éclatait en Europe la Première Guerre Mondiale.

Par Cyprien de Girval

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