Placée sous la protection du Tribunal de commerce dans le cadre d’une procédure de redressement judiciaire, Blade a suscité beaucoup d’intérêt en termes d’offres de reprise. Par un jugement en date du 30 avril 2021, le Tribunal de commerce de Paris a levé le suspense et arrêté le plan de cession de la société de PC virtuel de jeu Shadow au profit d’HubiC, société d’Octave Klaba, fondateur d’OVHcloud.

Créée en 2015 par Emmanuel Freund, Stéphane Héliot et Asher Kagan-Criou, Blade est une société française spécialisée dans le cloud computing via son service « Shadow ». Le joueur peut avoir accès à la puissance d’une machine performante et à jour, hébergée dans le cloud, sans avoir à acquérir un ordinateur physique. Le service est accessible sur tout support (PC, tablette, smartphone ou téléviseur connecté), Blade proposant de « transformer ses appareils en PC Gaming ». Le service compte 100 000 abonnés à l’heure actuelle. En septembre 2019, Blade est retenu dans la liste des start-up du Next40.

Néanmoins, suite à des difficultés (absence de nouvelle levée de fond pour financer sa croissance), le Tribunal de commerce de Paris a ouvert une procédure de redressement judiciaire au bénéfice de la société par jugement en date du 2 mars 2021.

Un appel d’offres a été lancé par l’administrateur judiciaire en charge du dossier, Blade souhaitant maintenir son activité dans le cloud computing pour les jeux vidéo grâce à l’aide d’un nouveau partenaire. Initialement, quatre offres ont été déposées par (i) Also AG, une holding suisse, (ii) Klabs, société détenue par Jean-Baptiste Kempf, actuel CTO de Blade (iii) Scaleway, hébergeur fondé par Xavier Niel et (iv) HubiC, filiale de Jezby Ventures, société d’Octave Klaba, fondateur d’OVHcloud. Toutefois, seules deux offres ont subsisté lors de l’examen des offres par le Tribunal de commerce de Paris le 13 avril 2021, Also AG n’ayant pas amélioré son offre et Jean-Baptiste Kempf s’étant allié à Scaleway. La première offre subsistante émanait donc d’Octave Klaba, fondateur et président du conseil d’administration d’OVHcloud via sa société HubiC tandis que la seconde émanait de Scaleway et Xavier Niel, fondateur du groupe Iliad, soutenu par 6 salariés de Blade dont notamment Jean-Baptiste Kempf. « Nous savions que le match serait serré et le choix difficile pour le tribunal » précise Arnaud Pédron.

Le dossier se démarque dans la mesure où il s’agissait d’une double procédure, en France et aux États-Unis, « ce qui est peu fréquent en matière d’offre de reprise » explique Mathieu Della Vittoria. En effet, l’acquisition de Blade par HubiC a été structurée par la présentation de deux offres de reprises en France et aux États-Unis dans le cadre de deux procédures collectives avec un redressement judiciaire en France devant le Tribunal de commerce de Paris et une procédure de chapter 11 aux États-Unis devant le Tribunal fédéral américain du district Nord de l’Etat de Californie.

Le projet présenté par Scaleway, « soutenu par les salariés, équipe d’experts passionnés par le projet qui ont su développer une technologie révolutionnaire, et le juge commissaire » explique Flavie Hannoun, consistait notamment en une diversification des activités de Blade. Sur le plan financier, la particularité de cette offre était de bénéficier du soutien inconditionnel d’Iliad qui dispose de 2 milliards de liquidités et d’investir 100% des 30 millions nécessaires pour la reprise au capital social de la nouvelle société. « Il existait une synergie importante entre Blade et le groupe Iliad et cette offre présentait l’avantage de ne pas séparer le fonds de commerce des actifs » fait remarquer Arnaud Pédron. Cette offre prévoyait donc « le maintien en interne de l’infrastructure » comme le souligne Flavie Hannoun.

C’est finalement l’offre présentée par HubiC et Octave Klaba qui a été retenue par le Tribunal de commerce de Paris avec le soutien des organes de la procédure et du management de Blade. En effet, « le Tribunal a relevé que Octave Klaba avait démontré plus de constance dans son implication et son engagement depuis le début de l’appel d’offre. Ce constat figure expressément dans le jugement et c’est sans doute ce dernier point qui a fait la différence » précise François Kopf.

Ainsi, par un jugement en date du 30 avril 2021, le Tribunal de commerce a arrêté le plan de cession des actifs français de Blade au profit d’HubiC. Après avoir indiqué « que les deux offres étaient d’excellente qualité et présentées par deux acteurs reconnus du secteur, ce qui est admis par l’ensemble des intervenants qui ont exprimé leur avis en audience », le Tribunal a considéré que l’offre d’HubiC était la mieux-disante car supérieure d’un million d’euros en termes de prix par rapport à celle présentée par Scaleway et sauvegardant 3 postes de plus sur le volet social. Cette offre prévoit notamment l’investissement de plus de 30 millions d’euros pour soutenir et développer Blade par Octave Klaba, à travers son véhicule d’investissements Jezby Ventures, et par son frère Miroslaw Klaba, à travers sa société Deep Code ainsi que la préservation de la quasi-totalité des emplois. L’acquisition inclut en particulier la reprise de la technologie de cloud computing de Blade. « Je suis très heureux d’avoir été retenu par le tribunal de Commerce de Paris pour la reprise de ShadowFrance. L’ambition est simple : bâtir la meilleure offre du cloud gaming au monde. On a désormais tout dans une seule boite : une équipe talentueuse, aucun souci d’investissement et un marché mondial » a déclaré Octave Klaba sur son compte Twitter.

Une page se tourne pour la start-up française qui devra affronter un nouveau challenge, proposer rapidement une nouvelle offre Shadow afin d’attirer de nouveaux clients sans pour autant faire fuir les 100 000 abonnés actuels.

Solve (Jonathan El Baze, Bruno Curtis, Julie Giuliani et Géraldine Bernard) est intervenue sur le dossier en tant qu’administrateur judiciaire.

Fides (Bernard Corre) est intervenue sur le dossier en tant que mandataire judiciaire.

Blade était conseillée par Bredin Prat (Olivier Puech, Florence Haas, Alexandre Koenig et Jérôme Vincent) en France et par Binder Malter aux États-Unis ainsi que par PwC (Olivier Marion, Pierre Daguerre et Augustin Delayer) sur le volet conseil financier.

HubiC et Octave Klaba étaient conseillés par Darrois Villey Maillot Brochier (François Kopf, Mathieu Della Vittoria, Colin Marvaud, Martin Lodéon et Christophe-Marc Juvanon) ainsi que par le cabinet Greenberg Traurig pour les aspects américains. CORPCOM (Guillaume Foucault) les a accompagnés sur le volet conseil stratégique en communication. Eight Advisory a réalisé la due diligence tax buyside (Florent Berckmans, Florent Garnier et Aurélien Chirouze pour Eight Advisory et Guillaume Rembry, Guillaume Exerjean et Tatiana Maroslavac pour Eight Advisory Avocats).

Scaleway, le groupe Iliad et Xavier Niel étaient conseillés par Lantourne & Associés (Maurice Lantourne, Flavie Hannoun, Marine Alix et Baptiste Godot). Le cabinet Mayer Brown aux États-Unis était en charge des aspects américains.

Klabs, Jean-Baptiste Kempf et les 5 autres salariés repreneurs de Blade étaient conseillés par Franklin (Arnaud Pédron, Fanny Attal, Sandra Strittmatter, Erwan Prely, Myriam de Gaudusson et Amélie Nisio).

Par Caroline de Bonville

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